Le droit de préemption en Suisse 

Temps de lecture 5 minutes

Dans le cadre d’une transaction immobilière en Suisse, même lorsque tout semble réuni pour conclure rapidement – offre acceptée, financement validé – un imprévu juridique peut survenir : l’exercice du droit de préemption.

Ce dispositif légal permet à certains acteurs – privés ou publics – de se substituer à l’acquéreur initial, sous conditions précises, afin d’acheter le bien au prix convenu. S’il est rarement activé, ce droit reste une réalité à ne pas négliger, notamment dans certaines régions ou pour des biens particuliers.

À qui bénéficie ce droit ? Quelles sont les démarches à respecter ? Et comment anticiper son activation ? Pour sécuriser votre projet immobilier, mieux vaut en comprendre les contours dès les premières étapes de la vente. Ce guide vous accompagne pour naviguer sereinement dans ce cadre juridique spécifique.

Droit de préemption en Suisse : définition

Le droit de préemption est un mécanisme légal qui accorde à certaines personnes la possibilité d’acquérir un bien immobilier en priorité, avant qu’il ne soit vendu à un autre acheteur. En Suisse, ce droit est encadré par les articles 681 à 682a du Code civil, qui en précisent les conditions d’exercice, les délais et les ayants droit.

Concrètement, lorsqu’un bien est mis en vente, les titulaires d’un droit de préemption disposent d’un délai légal de trois mois pour se manifester et acquérir le bien aux mêmes conditions que l’offre acceptée par le vendeur. Aucun avantage particulier ne leur est accordé : ils doivent reprendre l’accord dans son intégralité.

Qui peut exercer un droit de préemption ?

Ce privilège peut être accordé à divers profils, selon la nature du bien ou les règles locales :

  • Les copropriétaires, lorsqu’un autre lot de l’immeuble est mis en vente
  • Les titulaires d’un droit de superficie, liés au terrain ou à l’immeuble concerné
  • Les collectivités publiques (communes ou cantons), notamment dans certaines zones à enjeux urbanistique
  • Les héritiers ou descendants, en particulier dans les transmissions de terres agricoles
  • Les locataires, si une clause du bail prévoit une telle option en cas de vente

Ce droit, bien qu’encadré, peut influencer le déroulement d’une vente. Il est donc crucial d’en vérifier la présence et les implications dès la mise en marché du bien.

Les différentes formes de droit de préemption

Le droit de préemption n’est pas une notion uniforme : il se décline en plusieurs catégories, selon qu’il repose sur la loi, un accord privé ou des objectifs d’aménagement du territoire. Voici un aperçu des principales formes reconnues en Suisse :

1. Le droit de préemption légal : une priorité imposée par la loi

Ce type de préemption s’applique automatiquement dans les cas prévus par le Code civil, sans qu’il soit nécessaire de le contractualiser. Il concerne notamment les copropriétaires d’un immeuble ou les titulaires d’un droit de superficie. Ce droit est strictement personnel et ne peut être transmis par voie successorale.

2. Le droit de préemption contractuel : une clause convenue entre parties

Issu d’un accord privé entre le vendeur et le bénéficiaire, ce droit peut être :

  • Limité, lorsque le prix et les conditions sont définis à l’avance, ce qui encadre strictement la transaction à venir ;
  • Illimité, si le bénéficiaire peut exercer son droit en reprenant les termes proposés par un tiers acquéreur.

Ce type de préemption est souvent utilisé dans les ventes anticipées entre proches ou partenaires commerciaux.

3. Le droit de préemption public ou urbain : un outil d’intérêt général

Instauré par certaines collectivités, notamment dans le canton de Vaud, ce droit permet à une commune d’acquérir en priorité des terrains destinés à la création de logements sociaux ou de projets d’utilité publique. Il ne s’applique que dans des secteurs géographiques délimités, et sous réserve de respecter certaines conditions de surface et d’affectation.

Quel impact du droit de préemption pour les vendeurs et les acheteurs ?

La présence d’un droit de préemption sur un bien immobilier modifie le déroulement classique d’une vente. Elle impose une procédure rigoureuse et peut avoir des conséquences notables pour les deux parties impliquées dans la transaction.

Impact du droit de préemption pour le vendeur 

Le propriétaire souhaitant vendre un bien soumis à un droit de préemption doit informer formellement le(s) bénéficiaire(s), généralement par courrier recommandé. Cette notification doit comporter l’ensemble des éléments suivants :

  • L’intention claire de vendre le bien
  • Le prix convenu avec l’acquéreur initial
  • L’intégralité des conditions de la transaction
  • Une copie du contrat de vente signé

Dès l’envoi de cette notification, les conditions ne peuvent plus être modifiées, et le bénéficiaire dispose alors d’un délai de trois mois pour exercer (ou non) son droit. Pendant cette période, le vendeur ne peut conclure la vente avec un tiers, sauf en cas de renonciation explicite ou de non-réponse à l’issue du délai.

L’inscription définitive au registre foncier n’est possible que si :

  • le droit de préemption n’est pas exercé dans les délais,
  • le bénéficiaire y renonce par écrit,
  • ou s’il tente d’exercer son droit, mais que celui-ci est refusé pour cause d’irrecevabilité.

Impact du droit de préemption pour l’acquéreur 

L’acheteur initial, même s’il a obtenu un accord avec le vendeur, s’expose à une remise en cause de la transaction si le droit de préemption est exercé par un tiers. Afin de réduire cette incertitude, quelques précautions sont recommandées :

  • Vérifier en amont l’existence d’un droit de préemption sur le bien
  • Prendre contact avec les ayants droit pour connaître leur position
  • Prévoir une clause suspensive dans le compromis de vente liée à l’absence d’exercice du droit
  • Adapter les délais de financement et de signature en conséquence

Dans le paysage immobilier suisse, le droit de préemption n’est pas rare. L’ignorer peut entraîner des retards ou des complications. À l’inverse, le maîtriser dès le début du processus permet de sécuriser sereinement la transaction, que l’on soit vendeur ou acquéreur.

Foire aux questions sur le droit de préemption en Suisse

Qu’est-ce que le droit de préemption en Suisse ?

Le droit de préemption est un mécanisme juridique qui permet à une personne ou à une collectivité d’acheter un bien immobilier en priorité, avant qu’il ne soit vendu à un autre acquéreur. Il est encadré par les articles 681 à 682a du Code civil suisse et s’exerce généralement dans un délai de trois mois après notification de la vente.

Qui peut exercer un droit de préemption ?

Selon le type de bien et la législation cantonale, ce droit peut être accordé à :
Des copropriétaires, lorsqu’un autre lot est mis en vente.
Des titulaires d’un droit de superficie.
Des collectivités publiques (cantons, communes), notamment pour des projets urbanistiques
Des héritiers ou descendants, en particulier pour les terres agricoles.
Des locataires, si une clause du bail prévoit cette possibilité.

Quels sont les différents types de droit de préemption ?

Légal : prévu directement par la loi (par ex. pour les copropriétaires).
Contractuel : établi par une clause entre le vendeur et un bénéficiaire (avec conditions limitées ou illimitées).
Public ou urbain : instauré par certaines communes ou cantons pour des projets d’intérêt général (logements sociaux, infrastructures).

Comment s’exerce le droit de préemption ?

Le vendeur doit notifier son intention de vendre au bénéficiaire par courrier recommandé, en précisant :
Le prix de vente convenu avec l’acquéreur initial.
Les conditions complètes de la transaction.
Une copie du contrat signé.
À compter de cette notification, le bénéficiaire a trois mois pour accepter ou renoncer.

Quelles conséquences pour le vendeur ?

Le vendeur doit suspendre la vente durant le délai légal. L’inscription au registre foncier n’est possible que si :
le droit n’est pas exercé,
le bénéficiaire y renonce par écrit,
ou son exercice est déclaré irrecevable.

Quelles conséquences pour l’acheteur initial ?

Même avec un compromis signé, l’acheteur initial peut voir sa transaction annulée si le droit est exercé. Pour limiter les risques, il est conseillé de :
Vérifier l’existence d’un droit de préemption avant toute offre.
Consulter les bénéficiaires potentiels pour connaître leur position.
Insérer une clause suspensive dans le compromis de vente.

Peut-on contourner le droit de préemption ?

Non. Le droit de préemption est opposable à tout acquéreur. Le seul moyen d’éviter son activation est d’obtenir une renonciation écrite du bénéficiaire avant la signature définitive.

Découvrir des articles similaires

Frais d’acquisition en Suisse : que faut-il retenir ?

L’achat d’un bien immobilier en Suisse implique bien plus que le simple paiement du prix de [...]

Droits de mutation en Suisse 

En Suisse, les droits de mutation sont des frais perçus par les cantons – et parfois également [...]

Bien-fonds en immobilier

Bien-fonds : définition  Un bien-fonds est un bien immeuble correspondant à une portion [...]